De
nombreux écrits semblent
bien cerner la
notion de terroir.
Mais à en
croire les dégustations à l’aveugle,
la perception
sensorielle du
terroir est plus délicate.
La fourchette
de rendement favorable à l’expression
du terroir se situe communément
entre 30 et 45 hl/ha. Nombre
de personnes s’accordent
sur l’impact favorable
d’un sol vivant et
donc d’une culture
exempte d’engrais minéraux
et de pesticides.
Les points de vue divergent
quant à l’impact
des fermentations aux levures
indigènes ou exogènes.
Les tenants des levures sélectionnées
invoquent la reproductibilité.
Le terroir, expression
du sol et du sous-sol dotés
de vie, n’est pas statique
et immuable. L’expression
du terroir est marquée
par le climat de l’année,
même si nous essayons
par un enracinement plus
profond et une vigueur maîtrisée
de nous affranchir des extrêmes
climatiques. Un printemps
extrêmement humide
ou sec agira sur l’activité microbienne
du sol malgré nos
tentatives de rééquilibrage
par un maintien de l’enherbement
ou au contraire des travaux
du sol plus fréquents.
On peut imaginer que la singularité liée
au climat sera d’une
manière ou d’une
autre accentuée par
les levures indigènes
: elles-mêmes le subissent.
Les levures sélectionnées,
par contre, peuvent apporter
une touche « stable »,
mais extérieure, parce
qu’indépendantes
des aléas climatiques.
Entre le 23 janvier et
le 5 février 2006,
nous avons présenté simultanément
deux RIESLING GRANDS CRUS
(millésime 2003) aux
styles très différents à plus
de 400 professionnels, à Genève, à Stockholm
et à Angers. Nous
aurions pu imaginer qu’une
majorité de ces personnes
puisse préférer
l’une ou l’autre
cuvée. Ce ne fut pas
le cas. Nous en déduisons
que les représentations
concernant un Riesling Grand
Cru sont partagées.
La moitié des dégustateurs
a préféré le
Riesling Grand Cru Vorbourg
totalement sec avec des arômes
complexes d’élevage
long. L’autre moitié a
opté pour le Riesling
Grand Cru Steinert avec davantage
d’arômes primaires
et 14 grammes de sucre résiduel.
Les deux vignes sont exposées à l’Est
en mi-coteau, les deux sols
sont largement calcaires
et le rendement général
de toutes nos vignes n’a
pas dépassé 45
hl/ha en 2003. Les différences
entre les deux vins proviennent
essentiellement de l’élevage
différent. Lui-même
est conditionné par
la fermentescibilité des
deux moûts.
Le RIESLING
Grand Cru VORBOURG a cessé de fermenter à 11,8° d’alcool
et 31 grammes de sucre résiduel.
Nous n’étions
pas satisfaits de cet équilibre
alcool/sucre : nous avons
donc laissé ce vin
sur ses lies entières
sans soufre en foudre plein.
L’été suivant,
la fermentation alcoolique
a repris pour terminer finalement à 13,6%
et 1,5 g de sucre résiduel
en janvier 2005. La complexité aromatique
révèle entre
autre des notes mentholées
et de l’eucalyptus,
senteurs fréquentes
dans les vins à cycle
long (environ 20 mois sur
lies entières). Parmi
les saveurs, les touches
minérales s’expriment
avec une bonne intensité.
En vinification conventionnelle,
la fermentation d’un
tel vin se relance tout de
suite avec un pied de cuve
de levures sélectionnées
pour leur aptitude à travailler
en milieu alcoolique élevé.
Le vin est enrichi en « nutriments » azotés
destinés aux levures
ajoutées. Des écorces
de levures seront également
apportées pour « neutraliser » les
substances inhibitrices de
fermentation.
Pour qui ne manque pas
de vin, de place, de patience
et de confiance, le recours
aux levures finisseuses,
aux nutriments et aux écorces
de levure ne se justifie
pas. En effet, au fil des
mois hivernaux, les lies « neutralisent » naturellement
les substances inhibitrices
et rendent le milieu propice à un
nouveau départ de
la fermentation au début
de l’été suivant.
Le RIESLING
Grand Cru STEINERT a fermenté à 13,3
% d’alcool et conservé 14
grammes de sucre résiduel.
L’acceptation de cet équilibre
a permis le soutirage dès
le 5 novembre 2003. Il a
reçu du soufre peu
après. Le sucre résiduel
ne pèse pas, il est équilibré par
une belle acidité.
Au fil des années,
il sera encore moins perceptible
sensoriellement. Au-delà de
13 % d’alcool acquis,
les Riesling, paresseux en
fermentation, ne repartent
que très difficilement
l’été suivant.
Cette observation répétée
nous a dicté le soutirage
précoce de ce Riesling.
Ces observations ajoutent
des éclairages dans
le vaste débat sur
le Terroir, dont l’expression
se révèle très
liée au mode d’élevage
du vin. L’influence
du contenant (cuve inox,
foudre ancien ou bois neuf)
ajoute encore des variations
importantes. Pour notre part,
nous optons exclusivement
pour le foudre de chêne
ancien.
Jean-Pierre Frick
15/02/06
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