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| Dernière mise à jour le 02/09/2008 |
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UNE GAGEURE : LE CHASSELAS 2006 VINIFIE SANS SOUFRE • |
CINQ CEPAGES BLANCS VINIFIES SANS SOUFRE • |
LES VINS VINIFIÉS SANS SOUFRE : DES VINS DE COMPLICITÉ • |
LES VINIFICATIONS SANS SOUFRE CRÉENT DES VINS D'EXPLORATION SENSORIELLE • |
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UNE GAGEURE : LE CHASSELAS 2006 VINIFIE SANS SOUFRE
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L e millésime 2006 a réservé à l’Alsace une vendange particulièrement difficile, à cause de la « mousson » qui s’est déversée sur la région juste avant le début de la récolte. Entre le 17 septembre et le 5 octobre sont tombés 150 mm d’eau!
L’état sanitaire des raisins s’en est beaucoup ressenti et l’urgence de la cueillette s’est orientée bien sûr d’abord vers les cépages plus « nobles ». Le Chasselas a été presque oublié dans la tourmente. A la fin des vendanges, l’état de fragilité extrême des baies de Chasselas, qui éclataient au moindre contact, nous a incités à tendre vers un autre extrême dans la vinification de cette cuvée, qui paraissait vouloir nous échapper. Pourquoi ne pas tenter une vinification et une mise en bouteille sans soufre, après une double décantation du jus à la sortie du pressoir ? C’était une gageure, avec un jus de Chasselas relativement léger, avec peu d’acidité de surcroît, ce qui est une caractéristique de ce cépage. Il est vrai que le terroir argilo-calcaro-gréseux du Krottenfues (nous y produisons par ailleurs de grands Riesling, Pinot Blanc et Gewurztraminer Cuvées Précieuses), dote aussi le jus du Chasselas d’une minéralité et d’une résistance intrinsèques, qui ne sont pas étrangères à cette réussite de vinification sans soufre.
Au mois d’avril 2007 le Chasselas était mis en bouteille sans soufre, après un élevage sur les lies entières, sans soutirage. Il titre 12 degrés d’alcool acquis et garde 5.8 grammes de sucre résiduel. Sa robe est jaune cuivrée. Il développe des arômes intenses de confiture de mirabelle, de tomates confites, de thym et de laurier. Sa bouche est un peu perlante (le gaz carbonique de la fermentation alcoolique, resté prisonnier), fraîche et légère, au goût de sauge, de cardamome et de tourbe.
Ce Chasselas se déguste à 10°C et la bouteille doit être consommée deux après l’ouverture. Il peut s’apprécier à l’apéritif, tant il est gourmand et souple, et se plait aussi avec des charcuteries, salades composées et tartes salées diverses.
Chantal Frick 10/02/08
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CINQ CEPAGES BLANCS VINIFIES SANS SOUFRE
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Depuis 1999, nous vinifions chaque année au moins deux cuvées sans soufre. Notre étiquetage permet d’identifier clairement ces vins par la mention : VIN BIOLOGIQUE VINIFIE SANS SOUFRE. Il signifie que non seulement l’élevage, mais aussi la mise en bouteilles, se font sans apport de soufre exogène. L’étiquette comporte pourtant la mention légale obligatoire : contains sulfites (contient du soufre), parce que les transformations des lies dégagent naturellement un peu de soufre endogène pendant l’élevage.
Pour les dégustateurs qui seraient tentés de croire que tous les vins blancs se ressemblent après un élevage et une mise en bouteilles sans soufre, nous proposons actuellement 6 cuvées : Chasselas 2006, Sylvaner 2005, Pinot Blanc 2005, Riesling 2002, Riesling 2004, Pinot Gris 2005. Leur dégustation comparative dévoile le maintien de caractéristiques très typiques des différents cépages, avec une complexité supplémentaire liée bien sûr aux différents terroirs et au millésime, dont sont issues les cuvées. Nous n’avions pas encore osé les deux cépages les plus aromatiques des Alsace : le Muscat et le Gewurztraminer. C’est chose faite sur le millésime 2007. Un Muscat et un Gewurztraminer 2007 sont actuellement en gestation sur leurs lies entières, sans soutirage, sans ajout de soufre. Nous les suivons avec confiance. Le Muscat reste encore très fermé, marqué par les lies. Tandis que le Gewurztraminer a développé un spectre d’épices et une finesse impressionnants. Nous espérons beaucoup que ce projet aboutisse.
Chantal Frick
10/02/08
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LES
VINS VINIFIÉS SANS
SOUFRE : DES
VINS DE COMPLICITÉ
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P ierre
Overnoy, viticulteur à Pupillin
(Jura), et Michel Legris,
caviste à Strasbourg,
nous ont sensibilisés
aux vins vinifiés
sans soufre. Notre première
cuvée sans aucun ajout
date de 1999. Depuis, chaque
année, nous élevons
ainsi un ou plusieurs vins
(quatre en 2002).
L’excès
de soufre dans le vin
est fâcheux, mais
il est inutile de diaboliser
le soufre. Ce compagnon
du vin depuis des siècles
a toujours sauvé l’essentiel
de la production viticole
pour le plus grand plaisir
des amateurs. L’intérêt
de la vinification sans
soufre réside dans
l’élargissementdes
horizons du vigneron et
de l’oenophile.
Cette recherche invite
les uns et les autres
au dépassement
des références
bien codifiées.
Pour le vigneron,
la voie est étroite.
Des caractères
oxydatifs marqués,
dès avant la mise
en bouteilles, pourraient éclipser
toute singularité liée
aux cépages, aux
sols et aux millésimes.
Les vins sans soufre,
qui achèvent complètement
leur fermentation après
trois ou quatre semaines,
peuvent être éventuellement
soutirés sans aération.
D’autres vins sans
soufre, qui cessent leur
fermentation en décembre
en gardant du sucre résiduel,
ne sont pas soutirés
et restent sur toutes
leurs lies pendant l’hiver.
Au printemps suivant,
la fermentation reprend
spontanément et
consomme tout ou partie
des sucres. Elevés à l’abri
de l’air, sur lies
fines ou sur lies entières,
ces vins sont filtrés
sur plaques en cellulose
trois ou quatre heures
avant la mise en bouteilles.
En l’absence de
soutirage à l’air, ces
cuvées perlent
légèrement.
Elles conservent toujours
du gaz carbonique (CO2)
issu des fermentations
alcoolique et malo-lactique.
Il est recommandé de ne
pas transporter et stocker
ces vins à plus
de 15°C.
En bouteilles pleines
et fermées, ils se
gardent plusieurs années et
maintenant d’autant
mieux grâce à la
capsule en inox.
L’étiquette
de ces vins porte la mention « Vin
Biologique » :
c’est du jus de
raisin fermenté sans
aucun ajout.
Pour l’oenophile,
la découverte de
nouveaux horizons sensoriels
sera d’autant plus
grande qu’il saura
délaisser le mental
pour se plonger dans le
visuel, l’olfactif
et le gustatif. Dans un
premier temps, il faut
faire abstraction des
repères habituels,
pour être entièrement
présent à la
rencontre sensorielle
et émotionnelle.
Cesvins
sans aucune adjonction
sont plus vivants, plus
mobiles et plus fragiles.
Ils appellent à la « complicité ». Dans
le verre, les registres
aromatiques se succèdent
de minute en minute.
Chaque mouvement du verre
dégage un peu
de gaz carbonique, modifie
les arômes et le
palais avec l’estompement
du léger perlant
présent à l’ouverture.
L’idéal
est de se prendre le
temps d’apprécier
ces vins au présent,
sans laisser une goutte
dans la bouteille pour
le lendemain.
Nous vous vous invitons à de
passionnantes
explorations olfactives
et gustatives !
Pour élargir la réflexion,
nous vous conseillons
la lecture du magazine Le
Rouge & Le
Blanc (automne 2005),
consacré aux
vins vinifiés sans
soufre.

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| LES
VINIFICATIONS SANS SOUFRE
CRÉENT DES VINS D'EXPLORATION
SENSORIELLE |
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Pour évaluer
son efficacité et
ses performances,
notre civilisation occidentale
créa des
normes en nombre
croissant. Indispensables
et adaptées
aux domaines
techniques et mécaniques, les normes
peinent à s’ouvrir
aux spécificités
de la sphère du Vivant.
Nécessaires pour assurer
l’hygiène dans
le secteur alimentaire,
elles n’en menacent
pas moins la diversité et
la singularité des
aliments, lorsqu’elles
sont une pure expression
technocratique, vidée
du bon sens. Le considérable
appauvrissement de l’offre
fromagère,
boulangère et des
produits fermiers,
résulte
de cette perversion.
Préserver
le consommateur
de déconvenues,
tout en préservant
un espace de
goût autorisant
la singularité, l’étonnement
et la découverte,
tel est le défi des
Appellations
d’Origine
Contrôlée (AOC).
Les analyses et surtout
les dégustations d’agrément,
ainsi que les dégustations
des prescripteurs, valident
la conformité, l’excellence
ou l’exclusion d’un
produit. Point deconvergence
du vécu sensoriel,
mental et émotionnel,
la dégustation n’échappe
pas auxvaleurs
et aux normes dominantes
du moment.
Voici des exemples de normes
visuelles. La
viande (porc et veau) des
pâtés
en croûte de la filière
industrielle, garde une couleur
rose clair artificielle,
par l’addition de salpêtre
(nitrates). Certains artisans
renoncent à cet artifice
et proposent des pâtés
de couleur grise, avec autant
de saveurs et sans charger
l’organisme avec des
nitrates. D’autre part,
notre inconscient collectif
assimile encore le pain complet à des
périodes économiquement
difficiles. Le pain blanc
souvent insipide est plébiscité.
Et combien préfèreront
le sirop à la menthe
de couleur verte (colorants) à celui
de fabrication
familiale, translucide et
pourtant savoureux ?
Les choix adoptés
par le plus grand nombre
rassurent et donnent crédit.
L’inconnu et le singulier éveillent
scepticisme ou même
rejet. Les couleurs, les
arômes, les saveurs
les plus répandus
seraient les «meilleurs».
Ils sécurisent le
consommateur.
Les vins issus
de l’agriculture biologique
ouvrent un espace plus large à l’expression
de la diversité.
Un élevage qui ne
recoure pas ou peu aux additifs, élargit
encore ce champ du pluriel.
Le soufre est l’additif
le plus répandu. Son
absence totale dans un vin
suscite unimpact
sensoriel important.
Un vin «vinifié sans
soufre» ne subit aucun
ajout de SO2, ni sur le
moût, ni pendant l’élevage,
ni à la mise en bouteilles.
Parmi nos 25 cuvées
annuelles, seules 3 ou 4
sont vinifiées sans
soufre.
En humant de tels vins,
blancs en particulier,
surgissent les mots «oxydation» ou «vin
du Jura». Ces vins
développent effectivement
des notes oxydatives. L’oxydation
comme la réduction
sont deux concepts. Souvent
notre mental
reste accroché à ces
notions techniques
etpeine à revenir
aux perceptions
sensorielles. L’orientation
oxydative est
plastique.
Elle offre une
large palette de couleurs,
du jaune d’or à l’orange,
en passant par toutes les
nuances ambrées. Les
perceptions olfactives étonnent,
quand les liens ne s’établissent
pas tout de suite. Etonné,
je suis comme un funambule,
qui ne penche ni vers l’acceptation,
ni vers le rejet. Puis, en
repassant le nez sur le verre,
des souvenirs d’arômes
de pommes et de noix surgissent
de ma mémoire. Ma
grand-mère les étalait
dans des cagettes le long
d’un couloir. Un autre
vin évoquera l’aspérule
odorante, ou la compote de
mirabelles, en présence
de sucre résiduel.
Même les saveurs de
fruits murs ou de minéralité percent
le voile de caramel ou d’aubier
de tilleul, fréquents
dans les vins blancs vinifiés
sans soufre.
Un court regard rétrospectif éclairera
une facette de l’usage
du soufre. Avant l’arrivée
de l’eau courante (1923 à Pfaffenheim)
et du jet d’eau, le
nettoyage des foudres au
broc d’eau ne permettait
qu’une hygiène
sommaire à laquelle
palliait le soufre. Il évitait
entre autre au vin de petite
maturité de tourner
au vinaigre. Au fil des années
arrivèrent de nouveaux
additifs, corrigeant et atténuant
les effets des excès
de rendement
et du climat. Plus tard apparut
le concept de stabilisation
organoleptiqueavant
la mise en bouteilles.
Stabiliser un
vin par la conjugaison de
collage, de filtration et
de sulfitage rassure et sécurise
tant le viticulteur
que le consommateur.
Les vins vinifiés
sans soufre ne sont pas
stables mais mobiles. Une
fois débouchés,
ilsévoluent
et changent
rapidement.
Les perceptions
diffèrent
après 5 mn, 10 mn,
1 heure d’ouverture.
Les interprétations
varient selon l’implication
et les dispositions de chaque
dégustateur. Cela
ne facilite pas toujours
les synthèses de
dégustation autour
de la table. Après
l’identification et
la mémorisation de
repères et de références
nouvelles par chacun, les échanges
deviennent passionnants.
L’exploration sera
d’autant plus enrichissante
que l’oenophile parvient à faire
abstraction des références
connues.
Pendant l’été 2004,
la Fondation Beyeler à Riehen
(CH) près de Bâle,
monta une exposition simultanée
d’œuvres de l’Espagnol
Joan Miro et de l’Américain
Alexander Calder. Chaque
visiteur tisse une relation
unique avec les peintures
de Miro. Les formes et les
couleurs de ces œuvres étant stabilisées,
l’échange des
appréciations individuelles
de différents visiteurs
en est facilité. Tout
visiteur peut partager sa
relation personnelle à la
structure et la construction
invariables d’un mobile
de Calder. Par contre la
perception des formes et
des compositions toujours
nouvelles, qui naissent inlassablement
du mouvement des mobiles,
n’est jamais la même
pour deux personnes. Le nombre
de visiteurs présents
dans une salle influe sur
les mouvements des mobiles
et leurs ombres, en constante
métamorphose sur les
murs. Ainsi les mobiles de
Calder intensifient et démultiplient
les vécus individuels.
La mobilité des
vins sans soufre présente
une analogie avec cette
expérience artistique.
Les vécus sensoriels
et émotionnels émergeant
lors de leur dégustation
sont plus individuels, plus
changeants, comme avec les
mobiles de Calder. Cela
ne facilite pas toujours
les synthèses de
dégustation autour
de la table. Après
l’identification et
la mémorisation de
repères et de références
nouvelles par chacun, les échanges
deviennent
passionnants.
Jean-Pierre Frick
26/04/2006
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